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Le mobilier urbain parisien

Paris ne se résume pas à ses monuments prestigieux. Son charme réside aussi dans ces équipements du quotidien qui ponctuent les trottoirs et les carrefours : colonnes Morris, fontaines Wallace, bouches de métro signées Guimard… Des éléments du mobilier urbain qui, loin d'être de simples accessoires, racontent l'histoire de la ville et constituent, plus de 150 ans plus tard, l’ADN visuel de la capitale française pour le monde entier.

Une réponse aux besoins d'une ville moderne

Au 19e siècle, Paris se transforme radicalement sous l'impulsion du baron Haussmann. La ville s'aère, s'agrandit, se modernise. Cette métamorphose s'accompagne d'une réflexion sur l'espace public et sur les besoins des Parisiens. Chaque élément du mobilier urbain doit alors correspondre à une fonction précise et répondre à une nécessité sociale ou sanitaire.

Parmi les équipements s’inscrivant dans cette nouvelle vision de la ville, la colonne Morris naît d'un problème pragmatique : mettre fin à l'affichage sauvage qui dégrade les façades parisiennes. Cette tour de fonte imaginée en 1868 par l'imprimeur Gabriel Morris offre ainsi une surface dédiée aux affiches culturelles et spectacles.
Au nombre de 451 au milieu des années 1870, on en compte aujourd’hui 550 et, avec son design cylindrique permettant une lecture à 360 degrés et son dôme décoratif la protégeant des intempéries, ce repère visuel dans le paysage parisien parait toujours aussi moderne.

Les fontaines Wallace sont, elles, apparues après une urgence humanitaire : entre 1870 et 1872, le siège de Paris pendant la guerre franco-prussienne puis les destructions lors de la Commune rendent l'accès à l'eau potable très critique. 
Sir Richard Wallace, un Anglais francophile résidant à Paris, finance alors l'installation de ces fontaines en fonte dessinées par le sculpteur Charles-Auguste Lebourg. Celui-ci choisit 4 figures incarnant des vertus répondant bien à la vocation de ces sources d’eau : la Bonté, la Simplicité, la Charité et la Sobriété. En offrant gratuitement de l'eau aux Parisiens, le philanthrope britannique combat en effet aussi bien l'alcoolisme que les inégalités d'accès à cette ressource essentielle.
Les premiers modèles, au nombre de 40, seront progressivement enrichis de 27 autres, toujours à des emplacements stratégiques dans la ville et avec leurs si reconnaissables caryatides aux longues tuniques drapées à l'antique (que certains interprètent comme des allégories des 4 saisons).

Autre élément constitutif de l’esthétique parisienne, les bouches de métro Guimard apparaissent quant à elles en 1900, à l'occasion de l'Exposition universelle et de l'inauguration du métropolitain parisien. 
Leur fonction est claire : signaler et protéger les accès souterrains tout en intégrant harmonieusement le paysage urbain.
A noter que, si aujourd’hui ces structures en fer, fonte et verre abritant les escaliers tout en laissant filtrer la lumière naturelle comptent parmi les symboles les plus reconnaissables et les plus aimés de Paris, ce ne fut pas toujours le cas. Jugées dès leur installation trop fantaisistes, elles passent totalement de mode lorsque le style Art nouveau cède sa place au style Art déco dans les années 20. Progressivement remplacées par des entrées en pierre ou en béton, plus sobres et sérieuses, elles sont heureusement sauvées de la destruction totale grâce à André Malraux (ministre de la Culture du général de Gaulle) qui classe les dernières Monuments Historiques en 1965. 
Protégées et réhabilitées, elles deviennent alors des icônes de Paris et, jolie revanche, retrouvent même parfois leur place initiale grâce à des copies conformes qu’Hector Guimard aurait certainement validées. 

Le choix du vert : une révolution esthétique

L’Art nouveau naît en réaction à la révolution industrielle qui, à la fin du 19e siècle, a profondément changé le visage des villes. Les architectes rejettent alors les formes académiques rigides au profit de lignes courbes, souvent d'inspiration végétale et animale.

Un style parfaitement illustré par les bouches de métro Guimard : leurs rampes sinueuses évoquent des tiges de plantes, les enseignes "Métropolitain" semblent pousser comme des fleurs, et l'ensemble crée une organicité surprenante dans un environnement citadin.

Mais l'élément unificateur de tout ce nouveau mobilier demeure sa couleur : ce vert foncé, parfois appelé "vert wagon" ou "vert bouteille" que l’on retrouve aussi sur les bancs publics ou les lampadaires de la ville Lumière. Ce choix chromatique serait une décision de Napoléon III et du baron Haussmann qui, pour créer une harmonie visuelle avec les arbres des nouveaux boulevards et les jardins publics, auraient imposé cette teinte. Une façon d'apporter un peu de campagne au cœur de la métropole modernisée qui, depuis le Second Empire, respecte ce vert bien spécifique, créant ainsi une cohérence visuelle immédiatement identifiable.

Une dimension identitaire incontestable

Aujourd'hui, le mobilier urbain parisien a transcendé sa fonction utilitaire initiale pour devenir un langage visuel compris internationalement.

La colonne Morris n'est plus seulement un support publicitaire : elle évoque immédiatement la vie culturelle parisienne, les spectacles, l'effervescence artistique de la ville. Signe qu'elle est entrée dans l'imaginaire collectif, les touristes la photographient autant que la Tour Eiffel !

Les fontaines Wallace, elles, racontent une histoire de générosité et de résilience. Nées d’événements douloureux, leur présence discrète mais constante rappelle que Paris est aussi une ville de solidarité et d'innovation sociale.

Quant aux bouches de métro, elles attirent chaque année des visiteurs du monde entier qui, notamment aux stations Abbesses et Porte Dauphine, immortalisent ces œuvres d'art fonctionnelles

Dans un monde où l'uniformisation guette, ces colonnes, fontaines et bouches de métro affirment la singularité de la capitale française tout en offrant aux Parisiens des repères familiers à travers les arrondissements.

Valérie de Comme des Français


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